C’est l’un de mes très grands regrets : je n’ai jamais su jouer aux échecs. Alors quand je lis cette page dans M Le magazine du Monde, je suis plein d’admiration pour ce gamin arrivé sans le sou en France, et qui, grâce à l’enseignement de son père, est devenu champion de France. Au paragraphe Brillant, on lit ceci :

“Ce garçon de 12 ans a appris le français en quatre mois, achevé son CE2 avec 20 de moyenne en orthographe et sauté le CM1.”

Rappelons que Fahim est arrivé clandestinement du Bangladesh et que les échecs lui ont fait gagner les papiers qui manquaient à lui et son père pour rester en France.

Quant à moi, ce n’est pas faute d’avoir tenté de m’y mettre. Je me souviens de ces mois quand, adolescent, j’avais demandé pour un anniversaire, un plateau et des pièces en bois somptueux. Un épais livre de parties en main, je reproduisais les plus grands matchs jamais joués. J’étais fasciné par les noms donnés aux coups. Un seul m’est resté en mémoire : celui du berger, que je ne saurais reproduire. C’est peu.

Il me revient que cette lubie passagère était née après la lecture du “Joueur d’échecs” de Stefan Zweig. Un choc. Il faut que je remette la main sur cette histoire d’un prisonnier des nazis qui se jouait mentalement des parties. Une incursion dans Wikipédia me rafraîchit la mémoire :

“Un jour, alors que M. B. attend son interrogatoire dans une antichambre, il aperçoit, dans une veste pendue à une patère, un livre. Merveille des merveilles à ses yeux, il doit s’en emparer pour vaincre la solitude et la folie qui le guette. « Vole-le ! », s’ordonne-t-il. À l’aide d’un stratagème risqué, il y parvint et, de retour dans sa cellule, il s’aperçoit dépité qu’il s’agit d’un livre d’échecs. Lui qui rêvait de la prose de Goethe ou d’une épopée d’Homère, il enrage devant des formules incompréhensibles, suites de « a1, c4, h2… » dont il ne saisit le sens. Mais il finit par comprendre ces codes : ils correspondent à la position des pièces sur un échiquier, et le livre est un recueil des plus grandes parties disputées par des maîtres internationaux. Après avoir essayé de se procurer un échiquier physique avec des boulettes de mie de pain, il renonce presque mais s’obstine, apprenant par cœur quelques parties…”

Voilà donc ce qu’il me reste des échecs, des tranches de vies par procuration. C’est déjà ça, direz-vous.

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