Sans savoir comment, Michka Assayas a dû infuser en moi ses goûts musicaux. Il a sévi dans Rock & Folk, Libération, les Inrockuptibles… autant de journaux et de magazines que je lis depuis mes 15 ans. A l’époque, je voulais devenir journaliste pour écouter des disques et le raconter sur le papier. Je suis devenu journaliste, ai écouté des disques, mais point trop écrit à propos, laissant ce soin à d’autres dotés d’une plume plus sûre. Dont Michka Assayas. Lequel publie ce qu’il a écrit de mieux depuis le début des années 1980 jusqu’aux années 2000. Le livre (aux éditions Le Mot et le Reste) emprunte son titre à Joy Division : « In A Lonely Place. Ecrits Rock ».

Michka Assayas, dont on voit la tête d’adolescent maigre à grandes lunettes sur la couverture, fut, rappelons-le, le directeur de mon livre de chevet en trois volumes (dont l’index) : « Le Dictionnaire du rock » (Bouquins).

Le voilà donc qui se replonge dans ses premiers textes, merveilleusement écrits. La préface démarre comme ça : « Il y a environ trente ans, j’ai commencé à écrire sur quelques groupes dont personne, ou presque, ne parlait autour de moi : New Order, U2 et les Smiths, notamment. » « Ça paraît difficile à imaginer aujourd’hui, mais vers 1985, le rock, pour la majorité du jeune public, c’était Phil Collins, Elton John, Sting, Toto et Dire Straits », écrit-il plus loin.

Après, les Beach Boys et les Beatles font comme deux serre-livres aux chroniques. Dans le premier chapitre, l’écrivain décrit le génie du groupe californien. Puis livre l’interview surréaliste du quinquagénaire déjanté Brian Wilson, décroché à l’été 1992 pour les Inrocks.

Michka Assayas raconte comment en 1976 il a déniché, Carrefour de l’Odéon à Paris, « Pets Sounds », dix ans après sa sortie. La pochette le sidère : « La photo était ridicule : une bande de grands cons nourissant des biches dans un zoo. » Puis la musique : « Est-ce que j’aimais vraiment ça ? Je ne sais pas, mais j’y revenais. Un matin quelque chose s’est déchiré en moi. Dans “Dont Talk (Put Your Head On My Shoulder)”, une voix haute implorait “Listen… listen…” et il y avait après une petite phrase de violon qui donnait envie de pleurer. Et le final de “God Only Knows”, avec les voix qui s’enchevêtraient, j’en étais fou. » 

Je suis venu aux Beach Boys différemment : lorsqu’en 1995, David Bowie reprit sur « Tonight » ce légendaire « God Only Knows » d’une voix d’outre-tombe. Comme dit Assayas : « J’en étais fou » et voulu savoir d’où ça venait. Des Beach Boys, donc.

L’autre grande affaire d’Assayas, c’est Joy Division et New Order. De longues et belles pages évoquent Ian Curtis, suicidé à 23 ans le 18 mai 1980. C’est lui qui jeta les bases de l’école de Manchester (Angleterre). Après lui viendront la résurrection de Joy Division en New Order, les Smiths et Oasis, pour ne citer qu’eux.

Mes deux Américains morts préférés ont eux aussi chacun droit à un chapitre : Johnny Cash et Roy Orbison. Pourquoi je les aime tant ces deux-là ? Est-ce grâce à Papa, amateur de country ou à Michka ? Je ne saurais dire.

Ce grand livre sur le rock m’a aussi appris ceci que j’ignorais, peu fan que je suis de U2 : Michka Assayas et Bono sont deux grands copains qui s’entendent comme deux frères. Découvrir ainsi Bono sans s’y attendre, je le recommande.

A la page 315, « In A Lonely Place » se referme sur un dernier chapitre : « Mes Beatles », en une chronique désenchantée.

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