Angers, le 1er septembre. Doudou à son bureau de Radical Production, tout près de la gare,  « à 1h30 de Paris ».

L'Angevin qui a démarré sans le sou dans les années 1980 peut se targuer d’une carrière impressionnante dans la musique.
Il a connu Nirvana avant la gloire et vécu de l’intérieur l’explosion d’Oasis. J'ai rencontré Doudou dans son bureau, parlé avec son ami Christophe Miossec au téléphone. Résultat : ce portrait paru il y a quelques jours dans Le Courrier de l'Ouest


Dans le dos de Doudou, les disques d’or et de platine de ses amis chanteurs, Miossec et Placebo, posés sur un meuble bas, comme les trophées du chasseur de têtes d’affiche. Depuis qu’il a 18 ans, le métier de Doudou consiste à faire monter des rockeurs sur scène et à assurer leur notoriété. Vingt-cinq ans après des débuts sans le sou, il dirige deux fleurons de l’industrie du spectacle en France : Radical Production et O’Spectacles.

La première qui a appelé Doudou Doudou a été sa nounou. Depuis, le sobriquet s’est transmis de l’intime au professionnel. Il a passé les âges de Christophe Davy né à Chaudron-en-Mauges le 25 avril 1967, qui, petit, a vécu du bon temps chez ses grands-parents à Rochefort-sur-Loire avant l’installation, en 1969, de ses parents à Angers dans un HLM du quartier de La Doutre.

Doudou ne comprend toujours pas comment ce surnom tendre et amusant a pu se transmettre ainsi. Il ne veut pas « chercher midi à quatorze heures » et refuse de se voir comme quelqu’un dont l’allure frêle et sympa peut rassurer. Dans un milieu où les requins sont nombreux. Tout juste reconnaît-il que grâce à ce surnom, « on se souvient de moi ».

Miossec : « Il ne change pas. C’est Peter Pan »

Le bon élève du collège Californie à Angers puis du lycée Bergson était plus fan de foot que de musique. La première claque du rock lui a été administrée un soir de l’année 1982 quand, élève en seconde, il a été entraîné par un copain au Bar belge, à quelques centaines de mètres de chez lui. Des garçons en cuir s’y retrouvaient pour écouter des musiciens en sueur. Il se souvient avoir vu jouer un groupe nommé « Les Intouchables ». Il y avait Padovani à la guitare, le fondateur avec Sting du groupe Police. Pas mal pour un baptême du son.

Les mercredis soirs de ses années lycée, Doudou les passe au Bar belge. Il se met aussi à acheter quantité de vinyles de groupes virils. Il n’a pas la moindre idée de ce qu’il compte faire plus tard, mais se forge une solide expérience au cœur d’associations organisatrices de concerts et sur les ondes, aux premières heures de la radio libre.

Il est tout juste majeur quand il prend en main la carrière d’un groupe d’ici qui va grimper haut : Les Thugs. Eux chantaient, frappaient la batterie et grattaient les cordes, Doudou compilait les trois métiers d’aujourd’hui : manager, régisseur et tourneur. « Dans les années 1980, aucun groupe ne vivait de la musique. Les professionnels de la profession n’existaient pas encore », se souvient-il.

L’aura des Thugs devient internationale. Le groupe angevin est signé par des labels aux Etats-Unis et en Angleterre. En octobre 1989, Doudou crée Radical. « Il fallait que l’on sorte du mode associatif. C’est comme ça que j’ai appris sur le tas à devenir chef d’entreprise, alors que l’école (l’IUT de techniques de commercialisation à Tours) me destinait plus à devenir chef de rayon ou responsable d’un service achats ! »

Deux ans après, deuxième grosse claque rock. Elle tombe de Seattle au nord-ouest des Etats-Unis : Nirvana. La conjugaison d’un rock crasseux mais mélodique, porté par le charismatique Kurt Cobain. « C’est un aspirateur rock qui s’allume », raconte Doudou. La scène rock élargit son public. « Les filles qu’on ne voyait jamais dans les salles viennent désormais aux concerts ».

L’expérience américaine des Thugs paye. Radical qui est devenu entre-temps Radical Production décroche le pompon : la tournée en France de Nirvana. Doudou noue alors une amitié qui dure encore avec Dave Grohl, le batteur du groupe grunge. Pareil coup de maître explique pourquoi tant de chouettes groupes anglo-saxons fourmillent au catalogue de Radical Production, parmi lesquels Arcade Fire, The Strokes, Artik Monkeys, Placebo, Black Keys…

On y trouve aussi un irréductible Français : Christophe Miossec. Ça fait vingt ans que le Brestois connaît l’Angevin. « Radical, ça pourrait être son nom de famille à Doudou » C’est ça qui plaît à l’intransigeant Brestois qui dit au téléphone : « Il ne change pas. C’est Peter Pan… La paire de lunettes, le baise-en-ville quand il vient nous voir en concert ou à la maison ».

« C’est un joueur. Il aime le foot, dit encore Miossec. Ce métier de la musique, c’est un terrain de jeu. Ça l’amuse beaucoup. Y en a qui prennent du plaisir dans la démesure, avec lui, ça reste toujours à hauteur d’homme. A chaque fois, il a une longue histoire avec les groupes. Il a connu Nirvana devant 70 personnes… Peut-être qu’un autre tourneur me pousserait à grossir. Alors que moi, je ne fais pas de la musique pour être gros ! »

Paradoxalement, Doudou avoue qu’il n’écoute pas tellement de musique. Il n’y a pas de gros ampli dans son bureau, juste un petit lecteur de CD. Mais il est capable d’évaluer en quelques minutes un groupe qui va casser la baraque. Ce qui est arrivé avec Arcade Fire ou Artik Monkeys qu’il a signés avant qu’ils ne connaissent la gloire.

Un petit bureau en plastique
à côté du grand de papa

Fort de ses bons coups dans les années 1980, l’Angevin est contacté par Daniel Colling (qui confia un jour à Miossec : « Doudou c’est mon fils spirituel »). Le directeur du Printemps de Bourges lui propose un poste de programmateur. Nous sommes en 1999. Cinq ans plus tard, Doudou prend la direction artistique du Festival. Dix ans lui suffiront pour redresser son image et le déficit financier. En 2013, il quitte Bourges.

Dans les années 2000, des projets parallèles surgissent. Parmi elles, Rock en Seine qui prend ses aises dès 2003 dans les jardins dessinés par Le Nôtre dans le Parc de Saint-Cloud tout près de Paris. Doudou y convoque sur scène le meilleur du rock international.

En 2009, le festival aligne les Anglais d’Oasis. La date de ce concert qui n’aura pas lieu va rentrer dans la légende. A quelques minutes de monter sur scène, les frères Gallagher, Liam et Noel, s’écharpent en coulisses. Doudou est le témoin de ce qui ne doit pas arriver : l’explosion d’un groupe attendu par des milliers de spectateurs assis sur l’herbe depuis des heures. « C’est du jamais-vu. On a improvisé dans la panique. Impossible de rattraper les gars par la manche. Ils avaient disparu. J’ai juste pu voir le guitariste se barrer ». Sur scène, l’organisateur fait une annonce invraisemblable pour les 30 000 spectateurs qui l’écoutent : « Oasis n’existe plus ». Pour Rock en Seine, la publicité donnée à cet événement est mondiale. « Tout à coup, le nom devient connu jusqu’à Shanghaï ! », sourit Doudou. Où l’on voit que même les déboires finissent par lui sourire.

Tout ça peut donner l’impression que Doudou passe son temps à s’amuser. Chassez cette idée fausse. On devine qu’on doit pas mal rigoler chez Radical Production, mais aussi beaucoup travailler. Il y a un petit bureau en plastique posé à côté du grand de papa, celui des enfants, un an et trois ans : « C’est mon côté réac ! Je leur apprends ce que c’est de bosser ! »

De toute part, on salue le côté pro du bonhomme. Et sa fiabilité que résume ainsi Miossec : « Depuis vingt ans, le chèque arrive le premier du mois dans la boîte aux lettres des musiciens ».
Son affaire (dix salariés entre Angers et Nantes), Doudou la gère en bon père de famille, sans mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est ainsi qu’il a monté la société nantaise O’Spectacles quand Nantes a eu son Zénith. C’est elle qui vend les billets des gros spectacles dans l’Ouest.

Pour Angers, Doudou a aussi des idées. Dont celle d’un festival (Rock en Maine ?), qu’il avait soufflée au candidat malheureux à la mairie Frédéric Béatse. « L’idée n’est pas mise au placard », assure l’entrepreneur qui rappelle qu’elle figurait aussi dans le programme de Christophe Béchu, élu maire d'Angers en mars dernier. Du rock pour qu’Angers rayonne, chiche !

Sébastien BOISNARD


BIO EXPRESS

25 avril 1967. Naissance à Chaudron-en-Mauges (Maine- et-Loire).
1969. Arrivée à Angers.
Octobre 1989. Naissance de sa société, Radical productions, basée à Angers.
1990. Organise le premier concert de Nirvana en France, à la MJC d’Issy-les-Moulineaux.
1999. Devient programmateur du Printemps de Bourges.
2003. Création du festival Rock-en-Seine dont Radical est co-producteur.
2004. Est nommé directeur artistique du Printemps de Bourges.


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