Benjamin Booker, sans réserve

• Benjamin Booker « Witness » (Rough Trade)

 Benjamin Booker, un jeune Noir Américain qui échappe au rap.

Benjamin Booker, un jeune Noir Américain qui échappe au rap.

On pense le plus grand bien des rappeurs américains, mais ça fait plaisir d’écouter un jeune homme de la Nouvelle Orléans qui n’a pas encore trente ans et maîtrise sur le bout des doigts les grammaires blues, rock, soul, voire punk.

Benjamin Booker était un peu passé inaperçu en 2014, au moins en France, à la sortie de son premier album, même si la critique rock avait bien vu en lui un brillant élément. Il revient avec Witness (« Témoin »). Un disque brûlant dans lequel il dénonce les violences infligées aux Noirs Américains aux Etats-Unis et interroge l'engagement et la réaction populaire face à celles-ci.
La légende soul Mavis Staples, 78 ans et toujours aussi vaillante, l’accompagne sur le morceau qui donne son titre à l’album. Les voix sont rauques, les guitares acérées sur fond de chœurs gospels, tendus. Une merveille.

Benjamin Booker ouvre les hostilités ou festivités, c’est selon, avec l’haletant « Right On You » qui enchaîne sur « Motivation », comme une Macy Gray au féminin, capable elle aussi de mettre le feu aux micros, notamment sur l’immense « The Way » (2014). L’histoire ne dit pas si les deux artistes se connaissent, mais ça donne l’impression que le plus jeune s’est nourri de la virtuosité de son aînée. Jusque dans les orchestrations qui tempèrent les ardeurs des guitares déchainées.

« Witness » est produit par Samuel Cohen déjà entendu aux guitares d’albums de Norah Jones et arrangé par Shawn Everett, croisé quant à lui chez les Alabama Shakes, Julian Casablancas et Weezer. Une combinaison de talents gagnante, entre douceur et tonicité.