L’incontournable démodé

Alain Chamfort « Le Désordre des choses » (Pias)

 Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant. Photo Julien MIGNOT

Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant.
Photo Julien MIGNOT

Quelle vie ! Alain Chamfort a démarré aux claviers dans quelques-unes des plus mémorables chansons de Jacques Dutronc (« La Fille du père Noël », « Les Cactus »…) ; écrit pour Claude François ; collaboré avec Serge Gainsbourg (le tube « Manureva »). Fut viré de sa maison de disque parce qu’il n’était plus assez vendeur, avant de revenir par une porte dérobée, sur le site vente-privee.com, auréolé de gloire pour « Une Vie Saint Laurent ».

En 1979, il chantait « J’aime quand c’est démodé ». Allez savoir si là n’est pas son secret : se moquer du qu’en-dira-t-on et œuvrer en toute discrétion, avec la plus grande élégance. Ce dernier album, « Le Désordre des Choses », ne le replacera malheureusement pas au cœur du jeu, quand bien même ces choses qui le composent sont autant de pépites pop. Mais il signe un retour réussi, du premier au dernier morceau.

À y regarder de près, le puzzle qui tente de recomposer son visage sur la pochette est infaisable. « Exister / on est prévenu / fabrique des champions déchus / des jeunes qui ramassent leur couronne. Exister / on est prévenu / un beau jour on en peut plus / Et malgré tout on s’y cramponne », chante-t-il amusé et désabusé. Alain Chamfort ne prétend ainsi plus à rien, et surtout pas à une quelconque couronne de roi de la pop qu’il pourrait à l’aise partager avec Étienne Daho. Passé de mode, il demeure incontournable.

Il suffit d’écouter « Les Salamandres » et « Linoléum » pour s’en convaincre. Beats hypnotiques et paroxystiques à l’appui de la démonstration de force.