Ils ont trouvé les numéros gagnants

Sting & Shaggy « 44/876 » (Interscope)

 Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Sting se pique de tous les genres musicaux. Il a joué des disques de jazz de haute tenue, d’autres symphoniques plus hasardeux. La pop sirupeuse ne le dégoûte pas non plus. Il s’acoquine cette fois avec la star du reggae, le Jamaïcain Shaggy.

Leur duo ne devait durer que le temps d’une chanson, l’emballante « Don’t Make Me Wait ». Il en a finalement commis une douzaine, mise en boîte à New York et rassemblée dans l’album « 44/876 » (les indicatifs téléphoniques de leurs pays respectifs). Ça transpire de bonne humeur. Sting et Shaggy sont comme l’ami Ricoré, qui tombe pile au bon moment, avec son pain et ses croissants (« Morning is Coming »).

L’Anglais est fait de la même eau que nous autres, pour qui rien ne vaut le soleil. Trente ans après « Nothing Like The Sun », « 44/876 » ressemble donc à un retour aux sources pour celui qui estime qu’il doit beaucoup au son de la Jamaïque : « Le reggae a révolutionné le rock en mettant en avant le jeu de basse. Les structures des chansons reposent sur cet instrument. C’est ce qui m’a attiré en tant que bassiste ».

Les voix des deux artistes, radicalement différentes, s’accordent merveilleusement au gré des morceaux, la souplesse de Sting modulant le phrasé syncopé de Shaggy. L’un et l’autre se donnent la réplique avec un plaisir communicatif. Avec gravité de temps à autres, comme sur « Crooked Tree » où Sting se met dans la peau d’un criminel et Shaggy dans celle de son juge.

Portés par leur enthousiasme, les deux compères vont jusqu’à chanter une déclaration d’amour à l’Amérique (« Dreaming in the USA »). Pour dire à quel point les États-Unis leur sont chers, malgré Donald Trump. Un disque optimiste, ça ne se refuse pas, non ?