Déviation sur la route Murat

Jean-Louis Murat « Travaux sur la N89 » (Pias)

 Jean-Louis Murat bien planqué sous les feuilles pour accompagner son nouvel album. 

Jean-Louis Murat bien planqué sous les feuilles pour accompagner son nouvel album. 

Ces dernières années, Jean-Louis Murat avait fini par ne plus trop surprendre avec des albums coulés dans le même moule. Mais tel un garnement facétieux, le renfrogné (du moins quand il s’exprime publiquement, chez lui on ne sait pas) a enfilé une cagoule, s’est camouflé sous des feuilles d’automne et livré un impressionnant dix-huitième album studio : « Travaux sur la N89 ».

Le chantier a contraint l’artiste à faire l’école buissonnière — d’où les feuilles ? – et troquer sa guitare contre des machines électroniques et, avec parcimonie, des outils de rappeurs. Le renouveau musical est complet. On reconnaît la patte Murat mais dans des murs refaits à neuf. Celui qui a pu se présenter comme un maçon de la chanson, pour lequel « la méthode charcutière a du bon » (Chappaquiddick, 2004), se révèle aussi inspiré que sur les inoubliables « Dolorès » (1996) et « Le Moujik et sa femme » (2002).

« Les Pensées de Pascal » ouvrent les réjouissances et avancent comme un funk au ralenti. Comme si le jazz de Prince avait infusé dans l’Auvergnat qui se sent libre de tout chanter, y compris l’inintelligible : « Dingue, dingue, dingue / Il t’ faut un truc bien funky / Dingue, dingue, dingue / Il t’ faut un truc bien smoothy ».

Plus loin, il est question de parties de cartes et d’Angevine (« Alco »). Toujours aussi doué pour les mélodies lumineuses qu’il lui arrive de siffloter ou de chanter  accompagné de l’impeccable Morgane Imbeaud, Jean-Louis Murat étonne plus que jamais avec des chansons qui ont toutes les qualités musicales pour séduire en masse (« Dis le le » qui rappelle les gros mots de « L’Hymne à l’amour » de Dutronc et Gainsbourg, « Le Chat ») mais qui échouent en raison de paroles obscures. Comprend qui peut.