Pour la tête et les pieds

 Gaëtan Roussel. « Trafic » (Barclay)

 Avec « Trafic », Gaëtan Roussel, 46 ans, confirme son talent pour composer des mélodies pop au service de textes tranchants.

Avec « Trafic », Gaëtan Roussel, 46 ans, confirme son talent pour composer des mélodies pop au service de textes tranchants.

« Hope ». C’est un tube de l’été dont le refrain minimaliste reste dans la tête à journée entière. Mais « Hope », extrait de l’album « Trafic » de Gaëtan Roussel, c’est aussi un texte d’une tristesse insondable qui chante Alzheimer, quand la maladie ronge sa proie et ses proches : « Tu inverses les moments / Renverses les choses / Tu ne connais même plus le nom des fleurs du jardin / Tu te rappelais pourtant de tout / Tu te rappelais pourtant de nous / Mais à la fin plus rien… »

Comme Serge Gainsbourg quand il écrivait « En rire de peur d’être obligée d’en pleurer » pour Jane Birkin, Gaëtan Roussel a cette élégance d’habiller de gaité sa mélancolie. De ses débuts avec Louise Attaque puis Tarmac, jusqu’à son duo avec Rachida Brakni avec laquelle il a publié un très bon album l’an dernier sous le nom de Lady Sir, en passant par de multiples collaborations (Alain Bashung, Raphaël pour citer les meilleurs), il justifie sa devise : « La musique doit interpeller les tripes, la tête, mais aussi les pieds ». Allusion à Jean-Jacques Goldman et ses… « Chansons pour les pieds » de 2001 ? Va savoir !

Pour cette livraison de septembre, Gaëtan Roussel a convié Vanessa Paradis dont le timbre, comme le sien, est reconnaissable entre mille. Elle lui donne la réplique sur « Tu me manques (Pourtant tu es là) », l’un des rares moments apaisés de ce disque écrit et enregistré entre Los Angeles et Paris, dont les 35 minutes filent à toute allure, sans temps morts.

Sortie le 28 septembre 2018. 

Pas décidé à lâcher le manche

Paul McCartney. « Egypt Station » (Capitol)

 Sir Paul McCartney, 76 ans, éternellement jeune. Photo Mary McCARTNEY

Sir Paul McCartney, 76 ans, éternellement jeune. Photo Mary McCARTNEY

Quand Paul McCartney ne se produit pas dans les stades pour chanter les chansons des Beatles, des Wings ou les siennes en solo, il passe le plus clair de son temps en studio pour ajouter mélodies et nouveaux textes qui continuent de jaillir de sa créativité jamais tarie.

Quand d’autres lâchent le manche faute d’inspiration ou parce que les droits d’auteur font suffisamment bouillir la marmite, lui garde les mains agrippées à tous les instruments et démontre, quoi qu’on en dise, que son génie mélodique est intact.

Ce nouveau disque - dont il signe aussi les illustrations de la pochette ! - a été en grande partie produit par Greg Kurstin (producteur de Beck, Foo Fighters, Pink, Adele ou encore Lily Allen). Celui-ci ne tarit pas d’éloges sur son vénérable maître. Et confie dans une interview au magazine Rolling Stone : « J’ai beaucoup appris à son sujet. J’aime qu’il repousse constamment ses limites. J’ai été impressionné par ses talents de compositeur. Plusieurs de ses progressions d’accords m’étaient totalement inconnues ! Au moment où je crois avoir tout entendu, il débarque avec “Despite Repeated Warnings”… Je n’avais jamais entendu ça ! Idem pour “I Don’t Know”. Je suis impressionné par le fait qu’il continue d’aller de l’avant et qu’il ne se repose pas sur ses lauriers. »

N’ayant plus rien à prouver, l’ex-Beatle joue en totale liberté sur les seize titres qui jalonnent « Egypt Station » : il module sa voix, donnant l’impression de s’étrangler d’émotion ; étire en longueur des chansons qui n’en demandent pas tant, simplement pour le plaisir d’y ajouter des chœurs et des solos de guitare ; ajoute un chapitre à d’anciennes compositions. Il en va ainsi de « People Want Peace », comme une suite à l’inoubliable « Pipes of Peace » de 1982.

Coup fatal, coup de maître

Miles Kane. « Coup de Grace » (Mercury/Universal)

 Miles Kane, 32 ans, l’Anglais qui a choisi Los Angeles pour écrire l’ode à la pop de son pays natal. Photo Lauren DUKOFF

Miles Kane, 32 ans, l’Anglais qui a choisi Los Angeles pour écrire l’ode à la pop de son pays natal. Photo Lauren DUKOFF

En congés de son duo des Last Shadow Puppets avec Alex Turner (Artic Monkeys), Miles Kane perd de sa pompe, mais gagne en efficacité rock, celle de ses débuts avec les groupes britanniques The Little Flames et The Rascals. En témoigne cette volée de chansons « rapides et énervées » comme il se plaît à le dire en interview, rassemblées dans « Coup de Grace », un album excellent de bout en bout.

Mais pourquoi cette envie de batailler à nouveau, guitares hurlantes en bandoulières, basses puissantes, voix très en avant et percussions trépidantes ? Sans nul doute pour noyer la tristesse d’une rupture amoureuse. Un remède de cheval qui lui fait revisiter l’histoire du rock anglais, alors qu’il résidait à Los Angeles pour soigner ses peines de cœur.

Voilà donc un disque comme on n’en fait plus - même les frères Gallagher, dont c’était pourtant le fonds de commerce, ont lâché l’affaire. Ça démarre dans la fureur avec « Too Little Too Late », avant un groove à la T. Rex sur « Cry On My Guitar » et ses joyeux « Shalalalala ».

Ce disque regorge d’hommages aux maîtres du rock, de la pop et du punk. À commencer par cette voix réverbérée qui ressuscite John Lennon sur « Killing the Joke » et renoue avec le mur du son cher au producteur timbré Phil Spector. Les Clash sont embusqués aussi, dans l’intro de la chanson titre, « Coup de Grace », référence au coup fatal du catcheur préféré du songwriter. Cosmopolite en diable, Miles Kane s’essaie aussi au français. Ça donne le titre de fin « Shavambacu », pour « Je t’aime beaucoup ». Réciproquement.

Éloge de la mélancolie

The Saxophones « Songs of » (PIAS)

 Alison Alderdice et Alexi Erenkov du groupe The Saxophones. Photo Avery BIBEAU

Alison Alderdice et Alexi Erenkov du groupe The Saxophones.
Photo Avery BIBEAU

S’il s’en trouve un, tenu par Alexi Erenkov, qui se faufile par-ci par-là, The Saxophones brillent surtout par la réverbération des guitares qui sonnent comme celles de la bande originale de « Twin Peaks » composée par David Lynch et Angela Badalamenti. A la sortie de l’album au printemps, Alexi Erenkov confiait d’ailleurs comment il avait eu une révélation : « Alison regardait la série dans notre salon pendant que je jardinais. J’ai accouru dans la pièce quand j’ai entendu la chanson « Just You ». C’est exactement comme cela que je voulais que notre groupe sonne ! Cette approche instrumentale, lyrique et minimaliste, c’est ce que je m’efforce d’atteindre dans notre musique ».

Musique et images (toujours excellentes quand elles illustrent leurs singles) fleurent bon les années cinquante, mais The Saxophones sont résolument modernes et très présents sur Instagram où Alexi Erenkov raconte, chanson par chanson, comment l’inspiration est venue tout au long d’un hiver maussade au nord de la Californie, dans la baie de San Francisco, dans la cabine d’un bateau ou à l’abri d’un gîte.

Sur disque, ça donne un tempo très alangui. Assez peu indiqué pour animer une soirée, mais idéal quand le jour décline et que la voix chaude d’Alexi et les percussions voluptueuses d’Alison accompagnent la pénombre.

« Mysteries Revealed » a beau la jouer légère avec ses flûtes et ses sifflements d’oiseaux, c’est la mélancolie qui l’emporte. La faute à cette voix déchirante qui fait dire : c’est bon d’être triste, parfois.

L’invitation au voyage

Polo & Pan « Caravelle (Deluxe) » (Ekleroshock)

 Polo & Pan vous amènent à la mer. Photo Juliette ABITBOL

Polo & Pan vous amènent à la mer. Photo Juliette ABITBOL

Ils ont raison d’insister Polo & Pan. L’an dernier, juste avant l’été, le duo électro-pop avait sorti sa « Caravelle » du chantier. L’accueil critique avait été excellent. La très bossa-nova « Canopée » était sortie du lot et avait inondé les playlists des radios les mieux inspirées. On avait aussi adoré la reprise de « Chasseur d’ivoire » d’Alain Chamfort. Un an après, à la faveur d’une série de concerts dans les festivals d’été et prolongation à l’automne, les artistes et leur maison de disques (Ekleroshock) ont décidé de ressortir pelles et seaux pour retrouver le chemin de la plage qui embellit la pochette.
Avant d’être Polo & Pan, Paul Armand Delille et Alexandre Grynszpan étaient deux DJ qui ont marié leurs platines dans la boîte Le Baron à Paris. Leur habileté à mêler les genres leur a apporté le succès et permis de s’envoler à tire d’ailes vers d’autres horizons. Pour revenir en 2017 avec cet album plein de chaleur et de voix féminines invitées et envoûtantes. « Le but était de concevoir une musique positive de qualité, expliquait Alexandre Grynszpan dans Le Monde. Ce n’est pas si évident de parler d’amour quand il n’est pas déchu, de mêler sourire et intensité ».
Preuve que la French Touch a encore de beaux jours devant elle : « Canopée » a inspiré le groupe international Superorganism qui revisite le tube dans un excellent remix, dernière plage de cette « Caravelle (Deluxe) ».

L’été enchanteur de Gorillaz

Gorillaz The Now Now (Parlophone)

 Damon Albarn et Jamie Hewlett ont crée Gorillaz il y a vingt ans déjà. Photo Dhillon SHUKLA

Damon Albarn et Jamie Hewlett ont crée Gorillaz il y a vingt ans déjà. Photo Dhillon SHUKLA

Damon Albarn et ses complices de Gorillaz, l’illustrateur Jamie Hewlett en tête, n’ont pas attendu un an pour nous en remettre plein les oreilles et les yeux. « Humanz » nous avait laissés sur notre faim en 2017. L’album « The Now Now », qui se présente moins sophistiqué et finalement plus à la manière de Blur, l’autre grand groupe de Damon Albarn, fait partie de ces albums « entre-deux » dans les productions de Gorillaz. Ce sont aussi nos préférés, comme le fut « The Fall »  en 2010, composé sur iPad par Albarn le génial défricheur.
« The Now Now » sort est sorti le 29 juin 2018, mais le groupe a offert une première écoute en live sur YouTube pendant 24 heures cinq jours avant. Le show se déroulait à Tokyo et rassemblait, en plus des avatars animés d’Hewlett, une bonne douzaine de musiciens et choristes qui, en 43,51 minutes, ont fait la démonstration qu’il faut s’attendre à un très bon album.
Les ballades, a priori nombreuses sur cette livraison estivale, sont d’ores-et-déjà à classer parmi les meilleures compositions de l’Anglais. Soutenus par une légion de choristes, les morceaux à la rythmique plus appuyée, pour ne pas dire franchement dansants, s’annoncent aussi très addictifs. A l’image du premier single « Humility », sublimé par le jeu chaloupé du légendaire guitariste George Benson. L’été commence « Maintenant, Maintenant ». Bonnes vacances !

 

Les «love affairs» des Carters ​

The Carters (Beyoncé & Jay Z) Everything is Love (Roc Nation)

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Les superstars américaines refont le coup de 2016 et inondent d’albums surprises les réseaux. Après la rafale de Kanye West (cinq albums de sept titres chacun lancés en un mois, à titre personnel ou comme producteur), voici The Carters. Autrement dit Beyoncé et Jay Z qui ont encore choisi le dimanche (jour des seigneurs ?) pour servir leur limonade. Le commun des artistes se conforme à la règle du jour de sortie officielle des disques, le vendredi. Pas eux, qui dérogent et réservent d’abord leurs productions à la plateforme de streaming propriété de monsieur, TIDAL… Avant de les laisser filer ailleurs le lendemain, une fois que l’effet d’annonce a opéré.

Soit un album qui n’emporte pas comme le « Lemonade » du dimanche 24 avril 2016, mais capte l’attention grâce à tout ce qui l’entoure : le tournage d’un long clip la nuit au Musée du Louvre, l’allure en costumes satinés du couple, l’imagerie qui accompagne l’opus, avec la Joconde et la Venus de Milo en toile de fond. Au championnat de la mégalomanie, le couple sort champion. Kanye n’a plus qu’à se rhabiller.

A croire ce qui se chante, maman et papa Carter filent le parfait amour. Oubliés les coups de canifs de Jay Z dans le contrat de mariage que Queen B avait révélés dans « Lemonade ». Un an et deux jumeaux plus tard, son homme lui avait demandé pardon dans son propre album « 4:44 ». « Lovehappy », savant mélange de soul et de rap, remet les compteurs à zéro entre les époux. « Nous avons des défauts / Mais nous sommes toujours parfaits l'un pour l'autre », scande-t-elle pour s’en convaincre.

Lindsey Jordan, artiste majeure

Snail Mail Lush (Matador records)

 Lindsey Jordan, 18 ans, alias Snail Mail. Photo Michael LAVINE

Lindsey Jordan, 18 ans, alias Snail Mail.
Photo Michael LAVINE


Petit escargot (Snail) porte sur son dos un superbe album et ne lambine pas en chemin pour le faire connaître, jusqu’en Europe.  
Comme d’autres de sa trempe (on pense à Ben Kweller et son coup de maître, « Sha Sha », enregistré dans sa chambre d’adolescent new-yorkais en 2002), Lindsey Jordan avance guitare en bandoulière et voix assurée au micro. Sous le nom de Snail Mail (courrier postal, pour dire qu’il va à la vitesse d’un gastéropode), elle est la nouvelle coqueluche du rock indépendant.
A 18 ans, elle publie son premier album, deux ans après un galop d’essai de quelques titres qui ont ravi la critique américaine (du New York Times au New Yorker en passant par Pitchfork). Ne doutant pas de ses capacités, la demoiselle de Baltimore à l’air poupin n’a pas eu peur du retour de manivelle en choisissant le titre : « Lush », littéralement luxuriant en Français.
Elle se présente voix et guitares endormies sur la minute d’ « Intro » qui prend fin avec une impression de soleil levant. Les morceaux s’enchaînent alors aussi variés que réjouissants. Les arrangements sont réduits à l’essentiel rock : guitare, basse, batterie. Le jeu de Lindsey Jordan, formée à la guitare classique dès l’âge de 5 ans, est excellent, tout en picking sur « Let’s Find An Out ». 
Comme si tant de talent ne suffisait pas, Snail Mail montre aussi une belle adresse sur les patins à glace. Allez vérifier sur YouTube où on la voit tenir la dragée haute à de virils hockeyeurs dans le clip qui accompagne son dernier single, « Heat Wave ».

A l’abordage de ses tourments

Cœur de Pirate « En cas de tempête, le jardin sera fermé. (Universal)

 Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate. Photo : Maxyme G. DELISLE

Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate.
Photo : Maxyme G. DELISLE

Le temps est à l’orage. Le tumulte des sentiments bouscule la vie de Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate. La parolière québécoise, qui n’a plus grand chose à prouver pour la qualité de ses textes, s’inspire d’un panneau vu dans un square parisien pour titrer son nouvel album : « En cas de tempête, le jardin sera fermé. » A point nommé alors que tous les jours de cette fin de printemps les éléments se déchaînent.

Dans ce troisième album solo, dix après ses débuts, la jeune femme à la voix d’enfant manie une fois de plus ses thèmes de prédilection, les hauts et les bas de l’amour. Le tourbillon musical qui en résulte a été enregistré à Paris avec la complicité de Tristan Salvati (déjà connu pour son travail avec Louane, Louise Attaque et Marina Kaye).

Les mélodies sont lumineuses. Car de la lumière, il en faut pour apercevoir le bout du tunnel des tourments qui assaillent la jeune femme. Tout y passe: l’amour à sens unique (« Malade »), l’infidélité (« L’autre »), les traumatismes de l’enfance auxquels on n’échappe jamais vraiment (« Prémonitions ») et même le viol conjugal (« Je veux rentrer »).

La musicienne, qui a appris le piano à trois ans, se jette à corps perdu dans tous les genres. Y compris le rnb sur le titre « Dans la nuit » où la rejoint son compatriote canadien, le rappeur Loud. Le titre qui suit, « L’Amour d’un soir », est un délice pop qui donne l’impression d’être à la fête foraine.

 

 

Le retour de Kanye West, en trois actes

Pusha T « Daytona » (GOOD Music)
Kanye West « Ye » (GOOD Music)

 Kanye West figure au générique de trois albums en trois semaines. Photo Barnaby ROPER

Kanye West figure au générique de trois albums en trois semaines. Photo Barnaby ROPER


Après quelques mois de silence (très relatif), le musicien américain Kanye West revient en force. D’abord aux manettes du dernier album, « Daytona », de Pusha T, l’ami président de son label GOOD Music. Et, si le calendrier annoncé par lui-même est respecté, ce vendredi 1er juin avec la parution de son nouvel album. En attendant le 8 et celui de Kid Cudi sous le nom de « Kid See Ghosts » qu’il a aussi produit.
« Daytona » est un concentré d’excellente musique, ramassé en sept titres pour 21 minutes, qui prouve que le supporter de Donald Trump a toujours un coup d’avance quand il sévit en studio. Sa science du sample est phénoménale. Au gré des morceaux qu’il compose ou qu’il produit, c’est une anthologie de la musique noire qui fait surface. C’est ainsi que se trouve ressuscité le très beau morceau de George Jackson « Can’t Do Without You » (1969) au cœur de « Come Back Baby ». « On a passé un an et demi à écrire et creuser à la recherche de samples », a raconté Kanye West sur Twitter. Pour les plus accros, le jeu consiste désormais à remonter la source à la recherche de ces pépites qui truffent « Daytona ».
Ces derniers jours, « Daytona » fait aussi parler la poudre pour de moins louables raisons. L’expert du buzz, capable du meilleur comme du pire, a en effet jugé utile de sortir 85 000 dollars de sa poche et exhumer une photo de la salle de bain de feue Withney Houston pour illustrer l’album de son ami Pusha. Où l’on voit le parfait attirail d’une junkie.

Le pouvoir des femmes ​

Courtney Barnett. Tell Me How You Really Feel (Marathon Artists)

Courtney Barnett à la fête.
Photo Pooneh GHANA

Ses chansons sont son journal intime. Elles sont le reflet du quotidien de cette anxieuse maladive : « J’écris tous les jours des chansons, que je jette le plus souvent ou que je garde précieusement dans une boîte en attendant de les exploiter », confie-t-elle au magazine Magic dont elle fait la couverture ce mois-ci, en même temps que celle de Rock & Folk.

En 2015, son premier disque « Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit » (« Parfois je m'assois et je réfléchis, et parfois je ne fais que m'asseoir ») avait fait mouche. À lui seul, le titre donnait envie de s’aventurer dans sa vie faite d’ennui et de soucis de fille.

Trois ans plus tard et un album en duo avec l’Américain Kurt Vile, la chanteuse et guitariste australienne de 30 ans confirme tout le bien qu’on pense d’elle avec « Tell Me How Really Feel » (« Dis-moi comment tu te sens vraiment »).

Moins autocentré que le précédent, son deuxième album s’ouvre sur l’actualité, avec la même acidité. Sur « Nameless, Faceless », la jeune femme met ses talents d’auteur au service de la cause féminine quand elle écrit « Je veux pouvoir marcher dans le parc à la nuit tombée »… avant de reprendre les mots de l’écrivaine Margaret Atwood (« La Servante écarlate ») : « Men are afraid that women will laugh at them; women are affraid that men will kill them. » (« Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent »).

Côté production, le rock est brut et dépouillé. L’ex des Pixies Kim Deal et sa sœur Kelley, qui forment désormais le groupe The Breeders, sont invitées sur deux titres, ajoutant au brio de Courtney à la guitare Fender.

Du neuf au septième ciel

Beach House. « 7 » (Pias)

Alex Scally et Victoria Legrand continuent de filer le parfait amour. Photo Shawn BRACKBILL.

Dans la famille Legrand, je demande la nièce Victoria, qui a rouvert la paillote Beach House pour l’été.

La chanteuse franco-américaine est née en mai 1981 à Paris, puis a grandi à Philadelphie (États-Unis). Comme bon sang ne saurait men- tir, c’est tout naturellement que la petite apprend le piano. L’his- toire ne dit pas si elle rejoue alors « Les Demoiselles de Rochefort », chantées par sa tante Christiane Legrand, et composées par tonton Michel qui a remporté plusieurs Oscar à Hollywood.

Victoria a fini par laisser tomber le piano et se découvre à son tour une voix d’exception, à la fois rauque et douce. En 2004, en rencontrant le compositeur Alex Scally, elle trouve l’âme sœur, amoureuse et musicale. Le couple s’installe à Baltimore sur la côte est des Etats-Unis et s’adonne intensément à sa passion, passant entre huit et seize heures par jour à écrire et composer. Il résulte des travaux de Beach House sept albums à ce jour. Dont le dernier, le bien nommé « 7 » que les deux artistes voient comme un recommencement. Du neuf en somme.

On y retrouve ce qui fait la force du groupe depuis l’album « Devotion » (2008) et l’indépassable « Teen Dream » (2010) : un mélange de douceur et d’intensité. « Black car » et son xylophone hypnotique indique la route qui mène au septième ciel. Les autres chansons le gagnent aussi avec plus ou moins de facilité, au gré des ondes vaporeuses chères au groupe, enrichies de sonorités inédites. Une oreille attentive entendra aussi des mots mystérieux égrainés par Victoria au beau milieu de « L’Inconnue ». Façon de glisser qu’il serait dommage qu’elle le reste, inconnue, dans son pays natal.

Sébastien BOISNARD

Aux soldats de la Grande Guerre

Baptiste W. Hamon « Ballade d’Alan Seeger. Chansons sur la Grande Guerre » (Midnight Special Records)

 Baptiste W. Hamon s’est inspiré des carnets de soldats de l’Angevin Louis Hamon. Photo Frank LORIOU

Baptiste W. Hamon s’est inspiré des carnets de soldats de l’Angevin Louis Hamon.
Photo Frank LORIOU

« Comme la vie est belle ». C’est par la grâce de cette chanson, en duo avec l’Américain Bonnie Prince Billy (les connaisseurs apprécieront), que nous avions découvert Baptiste W. Hamon. Le morceau figure sur l’indispensable « L’Insouciance », présenté comme son premier album et sorti en 2016. De l’insouciance, il en faut pour prétendre jouer de la country américaine en français.

Le téméraire Baptiste avait déjà fait parler de lui en 2014 quand il avait publié une poignée de chansons racontant le drame des soldats de la Grande Guerre. Quatre ans après, ces histoires de 14-18 ressortent en vinyle et sur tous les supports, enrichies d’un duo avec Cléa Vincent, l’étourdissante « Chanson de Craonne ». Chantée par des soldats français entre 1915 et 1917, elle fut interdite par le commandement militaire qui la censura alors en raison de ses paroles antimilitaristes.

« Ballade d’Alan Seeger (Chansons sur la Grande Guerre) » a pris sa source à Angers quand le jeune homme a déniché un manuscrit de son arrière-grand-père, Louis Hamon, qui tenait un tabac-charcuterie au bas de la rue Montesquieu dans le quartier de Belle-Beille. L’aïeul, que Baptiste W. Hamon n’a pas connu, racontait dans ses carnets la vie, et la mort, des soldats dans les tranchées. « Hindenburg », qui puise dans ces écrits, serre le cœur : « Ben mon gars, j‘crois que j’vais rejoindre Eugène tu vois / Des bouts de ferrailles se sont plantés dans mon gras ».

Alan Seeger était quant à lui un poète américain mort au combat près du village de Misery dans la Somme en octobre 1916, raconte Baptiste Hamon dans le livret qui accompagne « La Ballade… ». Il écrit aussi cette phrase : « Il est l’oncle du folk-singer Pete Seeger ». Sans doute la clé de sa passion pour la musique de là-bas qui ne trahit pas qui il est ici.

La quête du riff parfait

Jack White « Boarding House Reach » (XL Recordings)

 Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Les premiers morceaux de « Boarding House Reach » n’offrent guère de répit. L’Américain de Detroit a branché les amplis à fond et relancé la machine infernale. Il pleut des cordes sur les guitares, le chant est hurlé, mais incroyablement juste, les percussions sont surexcitées. « Connected By Love », « Over and Over and Over » peuvent déjà prendre leurs inscriptions au rang de classiques.

Après une fantaisie tzigane, ce n’est qu’au mitan du disque que le tempo s’apaise, laissant place au blues dont il a le secret. La maison se referme sur une berceuse à la Paul Mc Cartney (« Humoresque »), comme pour s’excuser du remue-ménage qui a précédé.

Le style Jack White est toujours minimaliste, comme au temps des White Stripes. Il est l’un des meilleurs guitaristes de blues électrique de sa génération et continue sa quête du riff parfait. Être l’auteur du classique « Seven Nation Army » et de ses sept notes initiales reprises dans tous les stades ne lui suffit pas. Ici, il fait feu de tout bois. Rock’n’roll, funk, électro, punk, hip-hop, gospel, blues et même country… Passé dans son mixer, le mélange, à bien des égards redoutable, se révèle excellent et rend accro.

Le fort en thème chante et joue de tout : guitares acoustiques et électriques, batteries, orgue, synthétiseurs. En chef de bande, il emmène aussi avec lui la crème des musiciens qui ont joué avec Beyoncé, Kanye West, Jay Z. Pour quelqu’un qui snobait le hip-hop à ses débuts, voilà qu’il se rattrape. De la meilleure façon qui soit.

Ils ont trouvé les numéros gagnants

Sting & Shaggy « 44/876 » (Interscope)

 Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Sting se pique de tous les genres musicaux. Il a joué des disques de jazz de haute tenue, d’autres symphoniques plus hasardeux. La pop sirupeuse ne le dégoûte pas non plus. Il s’acoquine cette fois avec la star du reggae, le Jamaïcain Shaggy.

Leur duo ne devait durer que le temps d’une chanson, l’emballante « Don’t Make Me Wait ». Il en a finalement commis une douzaine, mise en boîte à New York et rassemblée dans l’album « 44/876 » (les indicatifs téléphoniques de leurs pays respectifs). Ça transpire de bonne humeur. Sting et Shaggy sont comme l’ami Ricoré, qui tombe pile au bon moment, avec son pain et ses croissants (« Morning is Coming »).

L’Anglais est fait de la même eau que nous autres, pour qui rien ne vaut le soleil. Trente ans après « Nothing Like The Sun », « 44/876 » ressemble donc à un retour aux sources pour celui qui estime qu’il doit beaucoup au son de la Jamaïque : « Le reggae a révolutionné le rock en mettant en avant le jeu de basse. Les structures des chansons reposent sur cet instrument. C’est ce qui m’a attiré en tant que bassiste ».

Les voix des deux artistes, radicalement différentes, s’accordent merveilleusement au gré des morceaux, la souplesse de Sting modulant le phrasé syncopé de Shaggy. L’un et l’autre se donnent la réplique avec un plaisir communicatif. Avec gravité de temps à autres, comme sur « Crooked Tree » où Sting se met dans la peau d’un criminel et Shaggy dans celle de son juge.

Portés par leur enthousiasme, les deux compères vont jusqu’à chanter une déclaration d’amour à l’Amérique (« Dreaming in the USA »). Pour dire à quel point les États-Unis leur sont chers, malgré Donald Trump. Un disque optimiste, ça ne se refuse pas, non ?

L’incontournable démodé

Alain Chamfort « Le Désordre des choses » (Pias)

 Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant. Photo Julien MIGNOT

Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant.
Photo Julien MIGNOT

Quelle vie ! Alain Chamfort a démarré aux claviers dans quelques-unes des plus mémorables chansons de Jacques Dutronc (« La Fille du père Noël », « Les Cactus »…) ; écrit pour Claude François ; collaboré avec Serge Gainsbourg (le tube « Manureva »). Fut viré de sa maison de disque parce qu’il n’était plus assez vendeur, avant de revenir par une porte dérobée, sur le site vente-privee.com, auréolé de gloire pour « Une Vie Saint Laurent ».

En 1979, il chantait « J’aime quand c’est démodé ». Allez savoir si là n’est pas son secret : se moquer du qu’en-dira-t-on et œuvrer en toute discrétion, avec la plus grande élégance. Ce dernier album, « Le Désordre des Choses », ne le replacera malheureusement pas au cœur du jeu, quand bien même ces choses qui le composent sont autant de pépites pop. Mais il signe un retour réussi, du premier au dernier morceau.

À y regarder de près, le puzzle qui tente de recomposer son visage sur la pochette est infaisable. « Exister / on est prévenu / fabrique des champions déchus / des jeunes qui ramassent leur couronne. Exister / on est prévenu / un beau jour on en peut plus / Et malgré tout on s’y cramponne », chante-t-il amusé et désabusé. Alain Chamfort ne prétend ainsi plus à rien, et surtout pas à une quelconque couronne de roi de la pop qu’il pourrait à l’aise partager avec Étienne Daho. Passé de mode, il demeure incontournable.

Il suffit d’écouter « Les Salamandres » et « Linoléum » pour s’en convaincre. Beats hypnotiques et paroxystiques à l’appui de la démonstration de force.

​Un nouveau message, personnel

Françoise Hardy « Personne d’autre » (Parlophone)

 Françoise Hardy réussit un retour en beauté. Photo Benoît PEVERELLI

Françoise Hardy réussit un retour en beauté. Photo Benoît PEVERELLI

Alors qu’elle avait assuré qu’elle tirait un trait sur la chanson, revoilà Françoise Hardy qui n’a donc pas fini d’adresser son « Message personnel » à l’homme de sa vie, Jacques Dutronc, dont elle est pourtant séparée depuis plusieurs années.

Quarante-cinq ans après cet album, « Message personnel », qu’elle réalisa avec Michel Berger, « Personne d’autre » est l’ultime déclaration d’amour à l’éternel silencieux, qui reste, lui, aux abonnés absents et n’a jamais trouvé utile de répondre, en chanson du moins.

Comme une boucle qui se referme, Françoise Hardy reprend « Seras-tu là ? » que Michel Berger chantait sur l’album « Que l’amour est bizarre » (encore un message ?). Il y a aussi « Quel dommage » : « J’entends la musique / Et je nous revois / tellement romantiques / vous-même autant que moi ». On se souvient de « Puisque vous partez en voyage » en duo avec Dutronc. « Train spécial » avance comme une suite funeste : « Monte avec moi dans le train spécial / de l’aller sans retour / destination intersidérale / et pas question de faire demi-tour… ». Des chansons écrites pendant l’été et l’automne 2017, deux ans après qu’elle a échappé à la mort sur un lit d’hôpital.

Sur un air de musique country, Françoise Hardy se montre ensuite plus légère, mais plus explicite que jamais : « J’aimerais qu’il me joue sa musique / et lui jouer la mienne aussi parfois / mais tant pis s’il n’est pas disponible / tous les rêves impossibles  / ont su me donner le « la » / trois petits tours et puis voilà… ».

Cette chanson sifflotante (façon Dutronc, décidément) précède la clé de voûte de l’album : « Le Large », écrite par la Grande Sophie. Où mots et mélodie sont rassemblés pour coller des frissons et nouer la gorge.

Le cadeau du week-end

The Weeknd « My Dear Melancholy, » (Republic Records)

 Abel Tesfaye, plus connu sous le nom de The Weeknd. Photo AFP

Abel Tesfaye, plus connu sous le nom de The Weeknd.
Photo AFP

Le chanteur canadien The Weeknd, sensation de la musique R&B, a publié un album-surprise juste avant le week-end de Pâques. Baptisé « My Dear Melancholy », l’opus compte six chansons disponibles pour l’heure en streaming, en attendant la livraison de l’album dans les bacs le 13 avril.

L’artiste, Abel Tesfaye pour l’état civil, qui a remporté un Grammy pour « Star Boy » en 2017, n’est donc pas resté longtemps sans donner de ses nouvelles. Il le fait tout en délicatesse, avec des chansons sucrées juste comme il faut. Alors que la palette rythmique de « Star Boy » était plus étendue, « Ma chère mélancolie », pour le dire en français, est un disque hautement  langoureux, gorgé de la voix de falsetto qui rappelle celle de Michael Jackson, source à laquelle Abel Tesfaye n’a de cesse de puiser.

Protégé du rappeur canadien Drake, le jeune chanteur a rapidement éclaté sur la scène internationale avec des succès comme « Can't Feel My Face » et « I Feel It Coming », avec les Français de Daft Punk dont il retrouve ici l’un des membres, Guy-Manuel de Homem-Cristo. D’autres pointures de la pop moderne ont rejoint le casting.

En lançant ses nouveaux titres, The Weeknd n’avait pas que Pâques en tête. C’est aussi pour lui une manière de préparer le terrain avant le célèbre festival de Coachella, qui se déroule dans le désert californien en avril sur deux week-ends consécutifs avec la même programmation, et dont il est l’une des têtes d’affiche. A noter que l’édition 2018 marquera aussi le retour de Beyoncé aux affaires, après la naissance de ses jumeaux en juin l'an dernier. Mais c’est une autre histoire…

Comme un rêve éveillé

Superorganism « Superorganism » (Domino Records)

 La jeune Orono (à gauche) avec ses complices de Superorganism. Photo Jordan HUGHES

La jeune Orono (à gauche) avec ses complices de Superorganism.
Photo Jordan HUGHES

Cet album est un amusement permanent, recueil de mélodies somptueuses, truffées de bruits incongrus qui donnent le tempo. Il est l’œuvre d’un collectif de musiciens venus d’Angleterre, Japon, Nouvelle-Zélande, Corée et Australie, qui ont d’abord collaboré via internet en envoyant chacun leur contribution pour étoffer des morceaux ébouriffants. Jusqu’à ce qu’ils se décident à emménager dans une maison de Londres où les colocataires se sont trouvé un nom tout indiqué : Superorganism.

Déjà une belle histoire, qui devient étonnante quand on découvre que la jeune chanteuse Orono —qui fait le sel de la formation— a rejoint le groupe sur le tard. Encore lycéenne, elle s’était présentée aux autres à l’issue d’un concert au Japon. Impressionnée par le charisme de la demoiselle, la bande avait gardé le contact. Quelques mois plus tard, la joyeuse troupe envoyait les démos de l’album en gestation, lui demandant de poser sa voix et ses textes dessus. Bingo !

La première livraison sur les réseaux, « Something For Your M.I.N.D. », fait un carton. L’audace y prend le pouvoir, emmenée par la voix languide et désabusée d’Orono. « Nai’s March » poursuit le morceau sur l’album, au milieu de sons de jeux vidéo des années 1980 sur lesquels semble chanter Donald, pour ne pas dire un canard. Chaque titre est un monument de pop acidulée où se glissent des rires d’enfants (« Nobody Cares »), le cliquetis de caisses enregistreuses (« Everybody Wants To Be Famous »), et même des explications pour mieux comprendre ce super organisme (« Une créature composée de multiples individualités », dit la chanson « Sprorgnsm »).

L’insomniaque « Night Time » conclut cet album de rêve qui incite à tout, sauf à se coucher.

Les Strokes façon puzzle

Albert Hammond Jr. « Francis Trouble » (Beggars)
The Voidz « Virtue » (RCA)

 Albert Hammond Jr. a dégainé le premier, en attendant Julian Casablancas et The Voidz. Photo Autumn DE WILDE

Albert Hammond Jr. a dégainé le premier, en attendant Julian Casablancas et The Voidz.
Photo Autumn DE WILDE

Le rock à guitares est toujours vivant. Vingt ans après leurs débuts à New York, les vétérans des Strokes Julian Casablancas et Albert Hammond Jr (qui se connaissent depuis leur adolescence de pensionnaires dans une institution suisse) les mettent toujours autant en avant sur les deux albums qu’ils publient chacun de leur côté, à quelques jours d’intervalle.

« Francis Trouble » d’Albert Hammond Jr est déjà dans les bacs et sur les réseaux. C’est un bain de jouvence qui démarre tout en riffs avec « Dvsl », un pur moment de rock n’roll. En 36 minutes et dix titres, le « guitar hero » des Strokes, qui porte haut son instrument (au propre et au figuré), prend d’assaut les styles. A la manière d’Oasis sur « Tea for Two », en hommage au « Sympathy for the Devil » des Rolling Stones sur « Screamer » et sa cavalcade de « Ouh ouh ».

Des pièces du puzzle manquent encore du côté de Julian Casablancas et de sa formation The Voidz, mais la poignée déjà disponible en streaming laisse présager un beau tableau final. Le petit prince du rock est devenu roi. N’en déplaise à ceux qui font la fine bouche à l’écoute de ses albums solo et avec The Voidz, son inspiration est intacte et sa voix, au timbre désabusé, reconnaissable entre toutes. « Leave It In My Dreams » conte les affres de superstar en quête d’une vie tranquille. Le lugubre et lyrique « Pointlessness » clôturera le disque en apothéose sur cette question « En quoi est-ce important ? » De maintenir la flamme vacillante du rock ? Quelle question…