L’été enchanteur de Gorillaz

• Gorillaz The Now Now (Parlophone)

 Damon Albarn et Jamie Hewlett ont crée Gorillaz il y a vingt ans déjà. Photo Dhillon SHUKLA

Damon Albarn et Jamie Hewlett ont crée Gorillaz il y a vingt ans déjà. Photo Dhillon SHUKLA

Damon Albarn et ses complices de Gorillaz, l’illustrateur Jamie Hewlett en tête, n’ont pas attendu un an pour nous en remettre plein les oreilles et les yeux. « Humanz » nous avait laissés sur notre faim en 2017. L’album « The Now Now », qui se présente moins sophistiqué et finalement plus à la manière de Blur, l’autre grand groupe de Damon Albarn, fait partie de ces albums « entre-deux » dans les productions de Gorillaz. Ce sont aussi nos préférés, comme le fut « The Fall »  en 2010, composé sur iPad par Albarn le génial défricheur.
« The Now Now » sort est sorti le 29 juin 2018, mais le groupe a offert une première écoute en live sur YouTube pendant 24 heures cinq jours avant. Le show se déroulait à Tokyo et rassemblait, en plus des avatars animés d’Hewlett, une bonne douzaine de musiciens et choristes qui, en 43,51 minutes, ont fait la démonstration qu’il faut s’attendre à un très bon album.
Les ballades, a priori nombreuses sur cette livraison estivale, sont d’ores-et-déjà à classer parmi les meilleures compositions de l’Anglais. Soutenus par une légion de choristes, les morceaux à la rythmique plus appuyée, pour ne pas dire franchement dansants, s’annoncent aussi très addictifs. A l’image du premier single « Humility », sublimé par le jeu chaloupé du légendaire guitariste George Benson. L’été commence « Maintenant, Maintenant ». Bonnes vacances !

 

Les «love affairs» des Carters ​

 The Carters (Beyoncé & Jay Z) Everything is Love (Roc Nation)

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Les superstars américaines refont le coup de 2016 et inondent d’albums surprises les réseaux. Après la rafale de Kanye West (cinq albums de sept titres chacun lancés en un mois, à titre personnel ou comme producteur), voici The Carters. Autrement dit Beyoncé et Jay Z qui ont encore choisi le dimanche (jour des seigneurs ?) pour servir leur limonade. Le commun des artistes se conforme à la règle du jour de sortie officielle des disques, le vendredi. Pas eux, qui dérogent et réservent d’abord leurs productions à la plateforme de streaming propriété de monsieur, TIDAL… Avant de les laisser filer ailleurs le lendemain, une fois que l’effet d’annonce a opéré.

Soit un album qui n’emporte pas comme le « Lemonade » du dimanche 24 avril 2016, mais capte l’attention grâce à tout ce qui l’entoure : le tournage d’un long clip la nuit au Musée du Louvre, l’allure en costumes satinés du couple, l’imagerie qui accompagne l’opus, avec la Joconde et la Venus de Milo en toile de fond. Au championnat de la mégalomanie, le couple sort champion. Kanye n’a plus qu’à se rhabiller.

A croire ce qui se chante, maman et papa Carter filent le parfait amour. Oubliés les coups de canifs de Jay Z dans le contrat de mariage que Queen B avait révélés dans « Lemonade ». Un an et deux jumeaux plus tard, son homme lui avait demandé pardon dans son propre album « 4:44 ». « Lovehappy », savant mélange de soul et de rap, remet les compteurs à zéro entre les époux. « Nous avons des défauts / Mais nous sommes toujours parfaits l'un pour l'autre », scande-t-elle pour s’en convaincre.

Lindsey Jordan, artiste majeure

• Snail Mail Lush (Matador records)

 Lindsey Jordan, 18 ans, alias Snail Mail. Photo Michael LAVINE

Lindsey Jordan, 18 ans, alias Snail Mail.
Photo Michael LAVINE


Petit escargot (Snail) porte sur son dos un superbe album et ne lambine pas en chemin pour le faire connaître, jusqu’en Europe.  
Comme d’autres de sa trempe (on pense à Ben Kweller et son coup de maître, « Sha Sha », enregistré dans sa chambre d’adolescent new-yorkais en 2002), Lindsey Jordan avance guitare en bandoulière et voix assurée au micro. Sous le nom de Snail Mail (courrier postal, pour dire qu’il va à la vitesse d’un gastéropode), elle est la nouvelle coqueluche du rock indépendant.
A 18 ans, elle publie son premier album, deux ans après un galop d’essai de quelques titres qui ont ravi la critique américaine (du New York Times au New Yorker en passant par Pitchfork). Ne doutant pas de ses capacités, la demoiselle de Baltimore à l’air poupin n’a pas eu peur du retour de manivelle en choisissant le titre : « Lush », littéralement luxuriant en Français.
Elle se présente voix et guitares endormies sur la minute d’ « Intro » qui prend fin avec une impression de soleil levant. Les morceaux s’enchaînent alors aussi variés que réjouissants. Les arrangements sont réduits à l’essentiel rock : guitare, basse, batterie. Le jeu de Lindsey Jordan, formée à la guitare classique dès l’âge de 5 ans, est excellent, tout en picking sur « Let’s Find An Out ». 
Comme si tant de talent ne suffisait pas, Snail Mail montre aussi une belle adresse sur les patins à glace. Allez vérifier sur YouTube où on la voit tenir la dragée haute à de virils hockeyeurs dans le clip qui accompagne son dernier single, « Heat Wave ».

A l’abordage de ses tourments

• Cœur de Pirate « En cas de tempête, le jardin sera fermé. (Universal)

 Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate. Photo : Maxyme G. DELISLE

Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate.
Photo : Maxyme G. DELISLE

Le temps est à l’orage. Le tumulte des sentiments bouscule la vie de Béatrice Martin, plus connue sous le nom de Cœur de Pirate. La parolière québécoise, qui n’a plus grand chose à prouver pour la qualité de ses textes, s’inspire d’un panneau vu dans un square parisien pour titrer son nouvel album : « En cas de tempête, le jardin sera fermé. » A point nommé alors que tous les jours de cette fin de printemps les éléments se déchaînent.

Dans ce troisième album solo, dix après ses débuts, la jeune femme à la voix d’enfant manie une fois de plus ses thèmes de prédilection, les hauts et les bas de l’amour. Le tourbillon musical qui en résulte a été enregistré à Paris avec la complicité de Tristan Salvati (déjà connu pour son travail avec Louane, Louise Attaque et Marina Kaye).

Les mélodies sont lumineuses. Car de la lumière, il en faut pour apercevoir le bout du tunnel des tourments qui assaillent la jeune femme. Tout y passe: l’amour à sens unique (« Malade »), l’infidélité (« L’autre »), les traumatismes de l’enfance auxquels on n’échappe jamais vraiment (« Prémonitions ») et même le viol conjugal (« Je veux rentrer »).

La musicienne, qui a appris le piano à trois ans, se jette à corps perdu dans tous les genres. Y compris le rnb sur le titre « Dans la nuit » où la rejoint son compatriote canadien, le rappeur Loud. Le titre qui suit, « L’Amour d’un soir », est un délice pop qui donne l’impression d’être à la fête foraine.

 

 

Le retour de Kanye West, en trois actes

• Pusha T « Daytona » (GOOD Music)
• Kanye West « Ye » (GOOD Music)

 Kanye West figure au générique de trois albums en trois semaines. Photo Barnaby ROPER

Kanye West figure au générique de trois albums en trois semaines. Photo Barnaby ROPER


Après quelques mois de silence (très relatif), le musicien américain Kanye West revient en force. D’abord aux manettes du dernier album, « Daytona », de Pusha T, l’ami président de son label GOOD Music. Et, si le calendrier annoncé par lui-même est respecté, ce vendredi 1er juin avec la parution de son nouvel album. En attendant le 8 et celui de Kid Cudi sous le nom de « Kid See Ghosts » qu’il a aussi produit.
« Daytona » est un concentré d’excellente musique, ramassé en sept titres pour 21 minutes, qui prouve que le supporter de Donald Trump a toujours un coup d’avance quand il sévit en studio. Sa science du sample est phénoménale. Au gré des morceaux qu’il compose ou qu’il produit, c’est une anthologie de la musique noire qui fait surface. C’est ainsi que se trouve ressuscité le très beau morceau de George Jackson « Can’t Do Without You » (1969) au cœur de « Come Back Baby ». « On a passé un an et demi à écrire et creuser à la recherche de samples », a raconté Kanye West sur Twitter. Pour les plus accros, le jeu consiste désormais à remonter la source à la recherche de ces pépites qui truffent « Daytona ».
Ces derniers jours, « Daytona » fait aussi parler la poudre pour de moins louables raisons. L’expert du buzz, capable du meilleur comme du pire, a en effet jugé utile de sortir 85 000 dollars de sa poche et exhumer une photo de la salle de bain de feue Withney Houston pour illustrer l’album de son ami Pusha. Où l’on voit le parfait attirail d’une junkie.

Le pouvoir des femmes ​

• Courtney Barnett. Tell Me How You Really Feel (Marathon Artists)

Courtney Barnett à la fête.
Photo Pooneh GHANA

Ses chansons sont son journal intime. Elles sont le reflet du quotidien de cette anxieuse maladive : « J’écris tous les jours des chansons, que je jette le plus souvent ou que je garde précieusement dans une boîte en attendant de les exploiter », confie-t-elle au magazine Magic dont elle fait la couverture ce mois-ci, en même temps que celle de Rock & Folk.

En 2015, son premier disque « Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit » (« Parfois je m'assois et je réfléchis, et parfois je ne fais que m'asseoir ») avait fait mouche. À lui seul, le titre donnait envie de s’aventurer dans sa vie faite d’ennui et de soucis de fille.

Trois ans plus tard et un album en duo avec l’Américain Kurt Vile, la chanteuse et guitariste australienne de 30 ans confirme tout le bien qu’on pense d’elle avec « Tell Me How Really Feel » (« Dis-moi comment tu te sens vraiment »).

Moins autocentré que le précédent, son deuxième album s’ouvre sur l’actualité, avec la même acidité. Sur « Nameless, Faceless », la jeune femme met ses talents d’auteur au service de la cause féminine quand elle écrit « Je veux pouvoir marcher dans le parc à la nuit tombée »… avant de reprendre les mots de l’écrivaine Margaret Atwood (« La Servante écarlate ») : « Men are afraid that women will laugh at them; women are affraid that men will kill them. » (« Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent »).

Côté production, le rock est brut et dépouillé. L’ex des Pixies Kim Deal et sa sœur Kelley, qui forment désormais le groupe The Breeders, sont invitées sur deux titres, ajoutant au brio de Courtney à la guitare Fender.

Du neuf au septième ciel

• Beach House. « 7 » (Pias)

Alex Scally et Victoria Legrand continuent de filer le parfait amour. Photo Shawn BRACKBILL.

Dans la famille Legrand, je demande la nièce Victoria, qui a rouvert la paillote Beach House pour l’été.

La chanteuse franco-américaine est née en mai 1981 à Paris, puis a grandi à Philadelphie (États-Unis). Comme bon sang ne saurait men- tir, c’est tout naturellement que la petite apprend le piano. L’his- toire ne dit pas si elle rejoue alors « Les Demoiselles de Rochefort », chantées par sa tante Christiane Legrand, et composées par tonton Michel qui a remporté plusieurs Oscar à Hollywood.

Victoria a fini par laisser tomber le piano et se découvre à son tour une voix d’exception, à la fois rauque et douce. En 2004, en rencontrant le compositeur Alex Scally, elle trouve l’âme sœur, amoureuse et musicale. Le couple s’installe à Baltimore sur la côte est des Etats-Unis et s’adonne intensément à sa passion, passant entre huit et seize heures par jour à écrire et composer. Il résulte des travaux de Beach House sept albums à ce jour. Dont le dernier, le bien nommé « 7 » que les deux artistes voient comme un recommencement. Du neuf en somme.

On y retrouve ce qui fait la force du groupe depuis l’album « Devotion » (2008) et l’indépassable « Teen Dream » (2010) : un mélange de douceur et d’intensité. « Black car » et son xylophone hypnotique indique la route qui mène au septième ciel. Les autres chansons le gagnent aussi avec plus ou moins de facilité, au gré des ondes vaporeuses chères au groupe, enrichies de sonorités inédites. Une oreille attentive entendra aussi des mots mystérieux égrainés par Victoria au beau milieu de « L’Inconnue ». Façon de glisser qu’il serait dommage qu’elle le reste, inconnue, dans son pays natal.

Sébastien BOISNARD

Aux soldats de la Grande Guerre

• Baptiste W. Hamon « Ballade d’Alan Seeger. Chansons sur la Grande Guerre » (Midnight Special Records)

 Baptiste W. Hamon s’est inspiré des carnets de soldats de l’Angevin Louis Hamon. Photo Frank LORIOU

Baptiste W. Hamon s’est inspiré des carnets de soldats de l’Angevin Louis Hamon.
Photo Frank LORIOU

« Comme la vie est belle ». C’est par la grâce de cette chanson, en duo avec l’Américain Bonnie Prince Billy (les connaisseurs apprécieront), que nous avions découvert Baptiste W. Hamon. Le morceau figure sur l’indispensable « L’Insouciance », présenté comme son premier album et sorti en 2016. De l’insouciance, il en faut pour prétendre jouer de la country américaine en français.

Le téméraire Baptiste avait déjà fait parler de lui en 2014 quand il avait publié une poignée de chansons racontant le drame des soldats de la Grande Guerre. Quatre ans après, ces histoires de 14-18 ressortent en vinyle et sur tous les supports, enrichies d’un duo avec Cléa Vincent, l’étourdissante « Chanson de Craonne ». Chantée par des soldats français entre 1915 et 1917, elle fut interdite par le commandement militaire qui la censura alors en raison de ses paroles antimilitaristes.

« Ballade d’Alan Seeger (Chansons sur la Grande Guerre) » a pris sa source à Angers quand le jeune homme a déniché un manuscrit de son arrière-grand-père, Louis Hamon, qui tenait un tabac-charcuterie au bas de la rue Montesquieu dans le quartier de Belle-Beille. L’aïeul, que Baptiste W. Hamon n’a pas connu, racontait dans ses carnets la vie, et la mort, des soldats dans les tranchées. « Hindenburg », qui puise dans ces écrits, serre le cœur : « Ben mon gars, j‘crois que j’vais rejoindre Eugène tu vois / Des bouts de ferrailles se sont plantés dans mon gras ».

Alan Seeger était quant à lui un poète américain mort au combat près du village de Misery dans la Somme en octobre 1916, raconte Baptiste Hamon dans le livret qui accompagne « La Ballade… ». Il écrit aussi cette phrase : « Il est l’oncle du folk-singer Pete Seeger ». Sans doute la clé de sa passion pour la musique de là-bas qui ne trahit pas qui il est ici.

La quête du riff parfait

• Jack White « Boarding House Reach » (XL Recordings)

 Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Les premiers morceaux de « Boarding House Reach » n’offrent guère de répit. L’Américain de Detroit a branché les amplis à fond et relancé la machine infernale. Il pleut des cordes sur les guitares, le chant est hurlé, mais incroyablement juste, les percussions sont surexcitées. « Connected By Love », « Over and Over and Over » peuvent déjà prendre leurs inscriptions au rang de classiques.

Après une fantaisie tzigane, ce n’est qu’au mitan du disque que le tempo s’apaise, laissant place au blues dont il a le secret. La maison se referme sur une berceuse à la Paul Mc Cartney (« Humoresque »), comme pour s’excuser du remue-ménage qui a précédé.

Le style Jack White est toujours minimaliste, comme au temps des White Stripes. Il est l’un des meilleurs guitaristes de blues électrique de sa génération et continue sa quête du riff parfait. Être l’auteur du classique « Seven Nation Army » et de ses sept notes initiales reprises dans tous les stades ne lui suffit pas. Ici, il fait feu de tout bois. Rock’n’roll, funk, électro, punk, hip-hop, gospel, blues et même country… Passé dans son mixer, le mélange, à bien des égards redoutable, se révèle excellent et rend accro.

Le fort en thème chante et joue de tout : guitares acoustiques et électriques, batteries, orgue, synthétiseurs. En chef de bande, il emmène aussi avec lui la crème des musiciens qui ont joué avec Beyoncé, Kanye West, Jay Z. Pour quelqu’un qui snobait le hip-hop à ses débuts, voilà qu’il se rattrape. De la meilleure façon qui soit.

Ils ont trouvé les numéros gagnants

• Sting & Shaggy « 44/876 » (Interscope)

 Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Sting se pique de tous les genres musicaux. Il a joué des disques de jazz de haute tenue, d’autres symphoniques plus hasardeux. La pop sirupeuse ne le dégoûte pas non plus. Il s’acoquine cette fois avec la star du reggae, le Jamaïcain Shaggy.

Leur duo ne devait durer que le temps d’une chanson, l’emballante « Don’t Make Me Wait ». Il en a finalement commis une douzaine, mise en boîte à New York et rassemblée dans l’album « 44/876 » (les indicatifs téléphoniques de leurs pays respectifs). Ça transpire de bonne humeur. Sting et Shaggy sont comme l’ami Ricoré, qui tombe pile au bon moment, avec son pain et ses croissants (« Morning is Coming »).

L’Anglais est fait de la même eau que nous autres, pour qui rien ne vaut le soleil. Trente ans après « Nothing Like The Sun », « 44/876 » ressemble donc à un retour aux sources pour celui qui estime qu’il doit beaucoup au son de la Jamaïque : « Le reggae a révolutionné le rock en mettant en avant le jeu de basse. Les structures des chansons reposent sur cet instrument. C’est ce qui m’a attiré en tant que bassiste ».

Les voix des deux artistes, radicalement différentes, s’accordent merveilleusement au gré des morceaux, la souplesse de Sting modulant le phrasé syncopé de Shaggy. L’un et l’autre se donnent la réplique avec un plaisir communicatif. Avec gravité de temps à autres, comme sur « Crooked Tree » où Sting se met dans la peau d’un criminel et Shaggy dans celle de son juge.

Portés par leur enthousiasme, les deux compères vont jusqu’à chanter une déclaration d’amour à l’Amérique (« Dreaming in the USA »). Pour dire à quel point les États-Unis leur sont chers, malgré Donald Trump. Un disque optimiste, ça ne se refuse pas, non ?

L’incontournable démodé

• Alain Chamfort « Le Désordre des choses » (Pias)

 Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant. Photo Julien MIGNOT

Alain Chamfort, 69 ans et toujours aussi fringant.
Photo Julien MIGNOT

Quelle vie ! Alain Chamfort a démarré aux claviers dans quelques-unes des plus mémorables chansons de Jacques Dutronc (« La Fille du père Noël », « Les Cactus »…) ; écrit pour Claude François ; collaboré avec Serge Gainsbourg (le tube « Manureva »). Fut viré de sa maison de disque parce qu’il n’était plus assez vendeur, avant de revenir par une porte dérobée, sur le site vente-privee.com, auréolé de gloire pour « Une Vie Saint Laurent ».

En 1979, il chantait « J’aime quand c’est démodé ». Allez savoir si là n’est pas son secret : se moquer du qu’en-dira-t-on et œuvrer en toute discrétion, avec la plus grande élégance. Ce dernier album, « Le Désordre des Choses », ne le replacera malheureusement pas au cœur du jeu, quand bien même ces choses qui le composent sont autant de pépites pop. Mais il signe un retour réussi, du premier au dernier morceau.

À y regarder de près, le puzzle qui tente de recomposer son visage sur la pochette est infaisable. « Exister / on est prévenu / fabrique des champions déchus / des jeunes qui ramassent leur couronne. Exister / on est prévenu / un beau jour on en peut plus / Et malgré tout on s’y cramponne », chante-t-il amusé et désabusé. Alain Chamfort ne prétend ainsi plus à rien, et surtout pas à une quelconque couronne de roi de la pop qu’il pourrait à l’aise partager avec Étienne Daho. Passé de mode, il demeure incontournable.

Il suffit d’écouter « Les Salamandres » et « Linoléum » pour s’en convaincre. Beats hypnotiques et paroxystiques à l’appui de la démonstration de force.

​Un nouveau message, personnel

• Françoise Hardy « Personne d’autre » (Parlophone)

 Françoise Hardy réussit un retour en beauté. Photo Benoît PEVERELLI

Françoise Hardy réussit un retour en beauté. Photo Benoît PEVERELLI

Alors qu’elle avait assuré qu’elle tirait un trait sur la chanson, revoilà Françoise Hardy qui n’a donc pas fini d’adresser son « Message personnel » à l’homme de sa vie, Jacques Dutronc, dont elle est pourtant séparée depuis plusieurs années.

Quarante-cinq ans après cet album, « Message personnel », qu’elle réalisa avec Michel Berger, « Personne d’autre » est l’ultime déclaration d’amour à l’éternel silencieux, qui reste, lui, aux abonnés absents et n’a jamais trouvé utile de répondre, en chanson du moins.

Comme une boucle qui se referme, Françoise Hardy reprend « Seras-tu là ? » que Michel Berger chantait sur l’album « Que l’amour est bizarre » (encore un message ?). Il y a aussi « Quel dommage » : « J’entends la musique / Et je nous revois / tellement romantiques / vous-même autant que moi ». On se souvient de « Puisque vous partez en voyage » en duo avec Dutronc. « Train spécial » avance comme une suite funeste : « Monte avec moi dans le train spécial / de l’aller sans retour / destination intersidérale / et pas question de faire demi-tour… ». Des chansons écrites pendant l’été et l’automne 2017, deux ans après qu’elle a échappé à la mort sur un lit d’hôpital.

Sur un air de musique country, Françoise Hardy se montre ensuite plus légère, mais plus explicite que jamais : « J’aimerais qu’il me joue sa musique / et lui jouer la mienne aussi parfois / mais tant pis s’il n’est pas disponible / tous les rêves impossibles  / ont su me donner le « la » / trois petits tours et puis voilà… ».

Cette chanson sifflotante (façon Dutronc, décidément) précède la clé de voûte de l’album : « Le Large », écrite par la Grande Sophie. Où mots et mélodie sont rassemblés pour coller des frissons et nouer la gorge.

Le cadeau du week-end

• The Weeknd « My Dear Melancholy, » (Republic Records)

 Abel Tesfaye, plus connu sous le nom de The Weeknd. Photo AFP

Abel Tesfaye, plus connu sous le nom de The Weeknd.
Photo AFP

Le chanteur canadien The Weeknd, sensation de la musique R&B, a publié un album-surprise juste avant le week-end de Pâques. Baptisé « My Dear Melancholy », l’opus compte six chansons disponibles pour l’heure en streaming, en attendant la livraison de l’album dans les bacs le 13 avril.

L’artiste, Abel Tesfaye pour l’état civil, qui a remporté un Grammy pour « Star Boy » en 2017, n’est donc pas resté longtemps sans donner de ses nouvelles. Il le fait tout en délicatesse, avec des chansons sucrées juste comme il faut. Alors que la palette rythmique de « Star Boy » était plus étendue, « Ma chère mélancolie », pour le dire en français, est un disque hautement  langoureux, gorgé de la voix de falsetto qui rappelle celle de Michael Jackson, source à laquelle Abel Tesfaye n’a de cesse de puiser.

Protégé du rappeur canadien Drake, le jeune chanteur a rapidement éclaté sur la scène internationale avec des succès comme « Can't Feel My Face » et « I Feel It Coming », avec les Français de Daft Punk dont il retrouve ici l’un des membres, Guy-Manuel de Homem-Cristo. D’autres pointures de la pop moderne ont rejoint le casting.

En lançant ses nouveaux titres, The Weeknd n’avait pas que Pâques en tête. C’est aussi pour lui une manière de préparer le terrain avant le célèbre festival de Coachella, qui se déroule dans le désert californien en avril sur deux week-ends consécutifs avec la même programmation, et dont il est l’une des têtes d’affiche. A noter que l’édition 2018 marquera aussi le retour de Beyoncé aux affaires, après la naissance de ses jumeaux en juin l'an dernier. Mais c’est une autre histoire…

Comme un rêve éveillé

• Superorganism « Superorganism » (Domino Records)

 La jeune Orono (à gauche) avec ses complices de Superorganism. Photo Jordan HUGHES

La jeune Orono (à gauche) avec ses complices de Superorganism.
Photo Jordan HUGHES

Cet album est un amusement permanent, recueil de mélodies somptueuses, truffées de bruits incongrus qui donnent le tempo. Il est l’œuvre d’un collectif de musiciens venus d’Angleterre, Japon, Nouvelle-Zélande, Corée et Australie, qui ont d’abord collaboré via internet en envoyant chacun leur contribution pour étoffer des morceaux ébouriffants. Jusqu’à ce qu’ils se décident à emménager dans une maison de Londres où les colocataires se sont trouvé un nom tout indiqué : Superorganism.

Déjà une belle histoire, qui devient étonnante quand on découvre que la jeune chanteuse Orono —qui fait le sel de la formation— a rejoint le groupe sur le tard. Encore lycéenne, elle s’était présentée aux autres à l’issue d’un concert au Japon. Impressionnée par le charisme de la demoiselle, la bande avait gardé le contact. Quelques mois plus tard, la joyeuse troupe envoyait les démos de l’album en gestation, lui demandant de poser sa voix et ses textes dessus. Bingo !

La première livraison sur les réseaux, « Something For Your M.I.N.D. », fait un carton. L’audace y prend le pouvoir, emmenée par la voix languide et désabusée d’Orono. « Nai’s March » poursuit le morceau sur l’album, au milieu de sons de jeux vidéo des années 1980 sur lesquels semble chanter Donald, pour ne pas dire un canard. Chaque titre est un monument de pop acidulée où se glissent des rires d’enfants (« Nobody Cares »), le cliquetis de caisses enregistreuses (« Everybody Wants To Be Famous »), et même des explications pour mieux comprendre ce super organisme (« Une créature composée de multiples individualités », dit la chanson « Sprorgnsm »).

L’insomniaque « Night Time » conclut cet album de rêve qui incite à tout, sauf à se coucher.

Les Strokes façon puzzle

• Albert Hammond Jr. « Francis Trouble » (Beggars)
• The Voidz « Virtue » (RCA)

 Albert Hammond Jr. a dégainé le premier, en attendant Julian Casablancas et The Voidz. Photo Autumn DE WILDE

Albert Hammond Jr. a dégainé le premier, en attendant Julian Casablancas et The Voidz.
Photo Autumn DE WILDE

Le rock à guitares est toujours vivant. Vingt ans après leurs débuts à New York, les vétérans des Strokes Julian Casablancas et Albert Hammond Jr (qui se connaissent depuis leur adolescence de pensionnaires dans une institution suisse) les mettent toujours autant en avant sur les deux albums qu’ils publient chacun de leur côté, à quelques jours d’intervalle.

« Francis Trouble » d’Albert Hammond Jr est déjà dans les bacs et sur les réseaux. C’est un bain de jouvence qui démarre tout en riffs avec « Dvsl », un pur moment de rock n’roll. En 36 minutes et dix titres, le « guitar hero » des Strokes, qui porte haut son instrument (au propre et au figuré), prend d’assaut les styles. A la manière d’Oasis sur « Tea for Two », en hommage au « Sympathy for the Devil » des Rolling Stones sur « Screamer » et sa cavalcade de « Ouh ouh ».

Des pièces du puzzle manquent encore du côté de Julian Casablancas et de sa formation The Voidz, mais la poignée déjà disponible en streaming laisse présager un beau tableau final. Le petit prince du rock est devenu roi. N’en déplaise à ceux qui font la fine bouche à l’écoute de ses albums solo et avec The Voidz, son inspiration est intacte et sa voix, au timbre désabusé, reconnaissable entre toutes. « Leave It In My Dreams » conte les affres de superstar en quête d’une vie tranquille. Le lugubre et lyrique « Pointlessness » clôturera le disque en apothéose sur cette question « En quoi est-ce important ? » De maintenir la flamme vacillante du rock ? Quelle question…

Elle chante la vie et ses souffrances

• Liz Cherhal « L’Alliance » (Little Big Music / Sony)

 Liz Cherhal se lance dans une nouvelle tournée pour accompagner « L’Alliance ».
Photo François GUILLEMENT.

Liz Cherhal se lance dans une nouvelle tournée pour accompagner « L’Alliance ».
Photo François GUILLEMENT.

Elle est Liz quand elle chante, Lise quand elle signe les paroles de ses chansons. Façon d’ajouter encore plus de sincérité à ses textes. Sur son dernier album « L’Alliance », elle les a tous écrits et on a une tendresse toute particulière pour la ritournelle « J’aimais mieux quand c’était toi » qui dit la tristesse de l’enfant quand ses parents se séparent. Quatre titres plus tôt, il y avait l’annonciateur « Je crois que je vais partir » et son chant en canon qui ne lasse pas d’émouvoir.

Les cordes, qu’elles soient celles frappées du piano, caressées ou rudoyées des violons, alto et violoncelle, ont une fois de plus la part belle sur ce disque. Le complice de toujours Morvan Prat est aussi au rendez-vous de cette « Alliance » pour laquelle il signe les arrangements. Avec une bonne dose de tempo électronique qui va à ravir.

De plus en plus à l’aise au fil de ses disques en solo (c’est le troisième), Liz Cherhal a composé les partitions de sept des onze titres de ce troisième opus. Mais la chanteuse ne s’empare d’aucun instrument, délaissant une nouvelle fois l’accordéon qu’elle porta pourtant longtemps en bandoulière.

Se plonger dans le livret est aussi un délice et montre que le streaming n’est pas encore à la hauteur pour vivre complètement le projet d’un ou une artiste. On y voit là de belles photos en noir et blanc (signées François Guillement). On y lit aussi des remerciements souvent amusants qui mêlent parents, amis et amours, sources d’inspiration (parmi lesquelles Dalida !). Et forcément la grande sœur, Jeanne.

Du beau monde sur les pistes

• Richard Russell « Everything is Recorded » (XL Recordings)

 Richard Russell dans sa maison de Londres. Photo Nick WALKER

Richard Russell dans sa maison de Londres. Photo Nick WALKER

« Il y a des moments dans nos vies où l’on se sent complètement seul… » Richard Russell a choisi ces mots pour ouvrir l’album « Everything is Recorded » (que l’on peut traduire par « Tout est dans la boîte »). Un album sur lequel il a invité une foultitude d’amis talentueux. « Everything is Recorded » est ce genre de disque qui vous accompagne un bon moment, entre morceaux doux et rythmés, musique soul et métissages urbains.

Richard Russell est l’un des grands producteurs de ces vingt dernières années. A la tête du label XL Recordings, on lui doit la découverte d’Adele, des sœurs Ibeyi, The XX… Ses activités se sont arrêtées nettes quand il fut frappé du syndrome de Guillain Barré le contraignant à passer plus d’un an cloué sur un lit d’hôpital. « Everything is Recorded » est le témoignage de sa reconstruction durant laquelle, dans sa maison de Londres transformée en studio d’enregistrement, il a convié chaque vendredi soir ses complices à jouer sur ses pistes.

Vocalistes et instrumentistes de passage n’avaient pour seule mission que de laisser s’exprimer leur talent sur les samples et instrumentaux concoctés par le maître des lieux. A charge pour lui ensuite d’en faire une œuvre cohérente et enthousiasmante. Le poster qui accompagne le CD témoigne des moments de grâce partagés, où l’on voit, entre autres, Damon Alban (le leader de Blur) hilare sur son vélo, Peter Gabriel les yeux clos sur son piano et les sœurs jumelles Ibeyi au micro. « J’ai cherché à créer une atmosphère et provoquer des rencontres comme dans une jam à l’ancienne, confie Richard Russell. J’ai ensuite fait le tri pour composer avec les moments de magie ». « Close But Not Quite » et « Everything is Recorded » sont les sommets émotionnels de ce disque et la preuve que la magie a opéré.

​Une nouvelle page de tubes

• MGMT « Little Dark Age » (Columbia)

 Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, le duo MGMT.

Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, le duo MGMT.

Au concours de la pochette la plus moche, MGMT remporte le pompon avec ce dessin au trait noir de clown bizarre sur fond jaune. Et seulement ces initiales pour renseigner : MGMT et LDA (pour « Little Dark Age »). Un ratage esthétique (c’est notre avis) à mille lieues  de la richesse sonore et ludique de leur musique.

Entre 2007 et 2010, « Kids », « Time to Pretend », « Electric Feel » ont inondé la pub, les séries télévisées, les reportages sportifs et même un meeting politique de l’UMP qui a dû mettre la main à la poche (30 000 euros) pour réparer l’impair d’une utilisation des fameux « Kids » sans autorisation.

Sans doute las de plaire à la terre entière, les New Yorkais Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, formés à la meilleure école de musicologie, avaient mis de côté leur génie du tube. Conséquence fatale : le public n’a pas suivi. Dans un entretien au journal Le Monde, Ben Goldwasser admettait récemment une « réclusion chaotique ». Avant de confier : « Cette fois, nous voulions nous reconnecter avec les gens, leur proposer de vraies chansons pop, méticuleusement écrites ». Mission accomplie.

Malgré son titre obscurantiste, la gaité anime quasiment toutes les chansons de l’album. « Me and Michael », qui aurait due s’intituler « Me and My Girl » (mais ça leur semblait trop mièvre), est un pur moment de chanson pop dont on ne saurait dire si c’est un pastiche ou un joyau. Ses créateurs eux-mêmes s’interrogent dans le clip où on les voit accusés d’avoir plagié un boys-band philippin !

Le duo s’amuse aussi de nos travers. Exemple avec Tslamp (« Time spent looking at my phone », « Tout ce temps perdu sur mon téléphone »). Laissons-le donc écran éteint, mais branché sur MGMT.

Maman est une chanteuse

• Alela Diane « Cusp » (All Points)

 Alela Diane est la mère de deux petites filles : Vera, 4 ans, et Oona, 11 mois. 

Alela Diane est la mère de deux petites filles :
Vera, 4 ans, et Oona, 11 mois. 

Alela Diane a pris des risques en devenant maman. Des risques professionnels, car, explique-t-elle à l’occasion de la sortie de son nouvel album, « l’industrie musicale ne laisse pas beaucoup de place à une femme de trente ans avec des enfants ». Encore moins quand elle décide de parler de sa maternité et de ses petits dans ses chansons.

Les enfants n’y sont pour rien, mais le piano a aussi pris une place plus grande dans la musique de l’Américaine de Portland (Oregon). La faute à un ongle cassé qui a contraint la musicienne à laisser la guitare de côté au profit du clavier. Ce coup du hasard amène une couleur nouvelle dans le style d’Alela Diane. « Albatross » donne la mesure, où elle chante de sa voix toujours aussi pure et puissante la tristesse de devoir parfois quitter Vera, 4 ans, et Oona, bientôt un an, quand elle part en tournée (jusqu’à Nantes le 25 avril).

« Cusp » est donc aussi une épreuve. Le terme désigne d’ailleurs ce moment où tout peut basculer et ramène Alela Diane à la naissance prématurée de son deuxième enfant, quand elle a frôlé la mort.

Les images qui accompagnent la sortie de ce disque courageux et bouleversant sont, elles, tendres et intimes. La pochette, très réussie, montre la jeune femme de profil dans une robe de coton claire, sereine. Le clip de la chanson « Émigré » (en français dans le texte) avec la petite Oona dans les bras de sa mère, rend plus émouvante encore la chanson qui lui a été inspirée par la photo d’Aylan, cet enfant syrien échoué sans vie sur une plage turque en 2015. Sans oublier le fil Instagram de cette mère « enchanteuse » qui y partage sa vie de famille.

Mélissa Laveaux, reine créole

• Mélissa Laveaux « Radyo Siwèl » (No Format / Sony music)

 La Canadienne Mélissa Laveaux a attendu 2016 pour goûter aux plaisirs d’Haïti, le pays natal de ses parents. Photo No Format - Romain STAROPOLI

La Canadienne Mélissa Laveaux a attendu 2016 pour goûter aux plaisirs d’Haïti, le pays natal de ses parents.
Photo No Format - Romain STAROPOLI

« Dans le froid de Paris, j’écoute et je sens tout ce qui me raccroche à Haïti. C’est étrange d’être aussi attachée à une île alors que je la connais si peu. Mais ça me donne le droit de la rêver. Les racines, elles poussent en moi et font la sève de mes chansons». Ainsi parle Mélissa Laveaux dans la vidéo annonciatrice de son dernier album « Radyo Siwèl ». Du nom des orchestres de troubadours champêtres qui colportaient les airs créoles au gré des fêtes de village dans le pays natal de ses parents.

Mélissa Laveaux est née en 1985 à Montréal et a grandi au Canada. D’Haïti, elle ne connaissait que ce que lui en racontaient ses tantes au téléphone et les chants de Martha Jean-Claude qui, exilée à Cuba dans les années 50, chantait le pays chéri qu'elle avait dû fuir.

Son père lui offre une guitare pour ses treize ans. La jeune musicienne fait dès lors feu de tout bois et mêle ses goûts pour le folk de la Canadienne Joni Mitchell, le jazz de Nina Simone ou la musique du Cap-Vert de Cesária Évora.

Elle vit depuis dix ans à Paris et a attendu avril 2016 pour retourner à ses racines. Revenue de Port-au-Prince avec des carnets bien remplis, des sons et des mélodies plein la tête, la glaneuse a fait un grand disque de ce qu’elle a rapporté, triturant les chants traditionnels pour en faire des chansons à l’énergie rock, saupoudrées du sucre de sa voix. Ses complices parisiens du studio A.L.B.E.R.T. (Ludovic Bruni, Vincent Taurelle et Vincent Taeger) ont tout compris du projet. Les guitares ondulent et swinguent sur « Tolalito » ; elles sont douces et invitent à la rêverie sur « Lè Ma Monte Chwal Mwen » (« Quand je monte mon cheval ») ; tournoient sur « Nibo », et invitent à entrer dans la transe.